IBRAHIMA SAMBA DANKOCO PROFESSEUR AGREGE EN SCIENCE DE GESTION: "Les perturbations notées ces derniers temps dans la capitale ont fait perdre au Sénégal énormément d'opportunités"

Au-delà de sa casquette d´enseignant, M. Dankhoko est également l´Assesseur de la Faculté des sciences économiques et gestion (Faseg) de l´Ucad. Dans cet entretien, il est revenu sur l´impact de la violence politique notée ces derniers jours, sur l'activité économique nationale non sans oublier d´émettre des projections pour les futurs dirigeants de ce pays.

Quelle lecture faites-vous de la situation politique nationale actuelle ?

Je pense que le Sénégal est dans un tournant décisif dans son évolution, aujourd´hui les gens sont emballés. Je suis un citoyen frustré par le fait que toute la classe politique sénégalaise n´adopte pas un comportement responsable, vis-à-vis du peuple. Actuellement, notre pays est confronté à des problèmes dans tous les secteurs, malheureusement durant toute la campagne électorale, on a assisté à aucun débat d'idée. Sur ces difficultés on n´a entendu aucun candidat s´y prononcer, absolument rien. Parce que cette campagne était l´occasion pour eux de diagnostiquer les problèmes du pays, même s´ils l´ont fait, il s´agit plutôt des généralités. Sur l´économie par exemple, personne parmi ces politiciens n´est capable de vous dire le nombre de jeunes qui travaillent au Sénégal et ceux qui ne possèdent pas de travail. Aucun de ces candidats ne peut vous dire le nombre de cultivateurs, de pêcheurs, d´artisans ou d´éleveurs qui sont au Sénégal. Pire, ils ne pourront pas vous citer les difficultés auxquelles ils sont confrontés. C´est le cas pour la question du chômage, ces politiques ne proposent aucune solution concrète pour l´éradiquer. Ces candidats sont plutôt préoccupés par des positions de vengeance par rapport à un tel homme politique et de partage de gâteaux. 

Avec le climat politique très agité qui sévit présentement, quelles pourront être les conséquences de ces troubles sur les activités économiques du pays ?

Vous ressentez même que les perturbations notées ces derniers temps dans la capitale ont fait perdre au Sénégal énormément d'opportunités et de possibilités de créer de la valeur. Cette situation d´instabilité a fait que beaucoup d´entreprises nationales travaillent de manière irrégulière, sans compter les dégâts collatéraux relevés au cours de ces manifestations. Beaucoup de masse d´argent extrêmement important ont quitté le Sénégal pour aller se loger dans les pays étrangers en attendant le retour au calme. Et seul Dieu sait si ces sommes d´argent vont revenir un jour dans notre pays ou non. Comme vous le savez, l´investisseur est quelqu´un qui a peur des risques politiques, or on a installé le Sénégal dans une atmosphère au point qu´il n´est plus attractif, s´y ajoutent certaines contraintes économiques qui ne permettent pas une amélioration de l´environnement des affaires. Malheureusement, nous sommes dans un pays où le discours catastrophiste est tel que tout investisseur qui vient sans connaître le fond des choses a tendance à repartir, en mettant dans sa tête qu´il va perdre.

Concernant les entreprises nationales, quelles sont les menaces réelles auxquelles elles sont exposées avec cette crise politique ?

Par rapport à la situation politique actuelle, on risque d´assister à une détérioration de l´environnement des entreprises. Si sur le plan social, religieux ou politique, on va jusqu´à créer des tensions dans le pays, cela ne peut que répercuter négativement sur le fonctionnement de ces entreprises. Sans la sérénité, il n´y a point de création de valeur ajoutée, si ce n´est une valeur issue de l´activité  mafieuse. Mais pour les activités économiques normales, on a besoin de paix et de calme. Et je crois c´est le plus grand service que les politiques pourraient rendre au Sénégal, résoudre leurs contradictions très vite afin d´instaurer la stabilité. A partir de ce moment, les investisseurs accepteraient d´investir, et les entreprises pourraient évoluer dans le sens de mieux prendre en charge les besoins des citoyens.

A votre avis, quels doivent être les piliers économiques sur lesquels les futurs dirigeants devraient s´appuyer pour relancer davantage l´économie nationale ?

L´avenir du Sénégal ne pourra être construit que dans le long terme, et pour ce faire, il faut commencer à former ses hommes. La plus grande richesse dont dispose notre pays c´est les ressources humaines. Il faudra aussi tout faire pour créer l´indépendance alimentaire du pays par une action à la fois rigoureuse et intelligente au niveau des secteurs traditionnels, c´est-à-dire l´agriculture, l´élevage, la pêche et l'artisanat. Le prochain élu devrait donc investir davantage dans l´économie traditionnelle pour tirer le pays vers une économie moderne. Il faudra en outre encourager le consommer local. Je pense que nous devons également nous orienter sur le plan extérieur vers les pays avec lesquels nous pouvons nous engager dans un processus interculturel. Je reste convaincu que l´avenir du Sud se trouve dans le Sud, et que le Sénégal doit être mieux connecté encore avec des pays comme l´Inde, le Brésil et la Chine. Parce que c´est là où nous pourrons trouver les opportunités pour opérer les meilleurs transferts de technologies possibles afin de permettre à notre économie traditionnelle (une économie qui repose sur l´agriculture, l´élevage, la pêche et l´artisanat) de pouvoir se moderniser progressivement. Aussi de permettre au pays non seulement d´assurer son indépendance économique relative mais se positionner sur le plan économique en face du reste du monde.  

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Abdou Diaw |Journaliste-blogueur